jeudi, août 6, 2020

Journal d’une Confinée – Sokhna Biba

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Jour 1

12 Mars – Je suis rentrée d’Ottawa, la veille où  j’étais pour une conférence de 3 jours. La salle était presque vide. La majorité des participants avait reçu de leur compagnie, l’ordre de ne pas voyager. On parlait de ce virus qui fait des ravages dans le monde et de ces quelques cas isolés au Canada. On savait que des mesures allaient être mises en place pour protéger la population.
Il fallait faire attention, ne pas trop s’approcher des autres. La poignée de main ou l’accolade ont été remplacé par des frottement de coudes. Ç’était un peu  amusant…

En conduisant les deux heures de route qui séparent les villes d’Ottawa et de Montréal, je me suis dit qu’il était temps de faire quelques provisions et de commencer à m’organiser sans trop savoir ce que je devais faire exactement.
On parlait de limiter les déplacements, d’éviter les voyages. Il est logique que la première chose qui nous vient à l’esprit c’est de s’assurer qu’on a assez de provisions surtout lorsqu’ on vit avec 3 jeunes adultes.
Finalement, en arrivant à Montréal, mon sens de l’urgence a pris le dessus. J’ai été directement chez Costco. Les enfants étaient  surpris de me voir arriver avec une épicerie de plusieurs semaines, moi qui rentrait d’une conférence.

La poignée de main ou l’accolade ont été remplacé par des frottement de coudes. Ç’était un peu  amusant…

On parlait de limiter les déplacements, d’éviter les voyages. Il est logique que la première chose qui nous vient à l’esprit c’est de s’assurer qu’on a assez de provisions surtout lorsqu’ on vit avec 3 jeunes adultes.

Jour 2


Vendredi 13 mars
– La veille, mes deux grands m’avaient annoncé que les universités étaient fermées. Le même jour, c’est au tour du CEGEP de ma plus jeune qui revient à la maison vers 14:00.
Les recommendations tombent. Nous sommes priés de rester chez nous et d’appliquer les mesures strictes de prévention:  lavage des mains et confinement. Un nouveau terme apparaît dans notre vocabulaire quotidien, la distanciation sociale.
Avec 17 cas confirmés au Québec, c’est le Jour 1 du confinement complet pour nous.

Jour 3


Samedi  14 mars
–  Il y a petit air de vacances dans la maison. Nous  sommes contents de nous retrouver. Les enfants sont détendus,  heureux de ne pas avoir à se réveiller tôt et à courir pour  attraper l’autobus.  On sait qu’il y a un ennemi invisible  qui menace de s’abattre sur nous. Mais si on reste chez nous, on est en sécurité. Il a déjà fait trop de dégât en Asie et en Europe.
J’appelle mon conjoint, ma mère, ma meilleure amie, koissy, ma sœur, mon autre amie, mon ami d’enfance, mon cousin Ebobaze. Bref,  je déclare l’état d’urgence!

Le Premier Ministre  et le directeur de la santé publique  du Québec nous parlent. Ils s’adressent à nous de façon décontractée comme s’ils étaient assis dans nos salons. Pourtant ils partagent des informations sérieuses

Jour 4


Dimanche 15 mars
:  Le Premier Ministre  et le directeur de la santé publique  du Québec nous parlent. Ils s’adressent à nous de façon décontractée comme s’ils étaient assis dans nos salons. Pourtant ils partagent des informations serieuses:  statistiques, plan d’action, recommandations. ça se précise. Le confinement va durer. Nous devons tous collaborer pour nous protéger. Je vais faire ma part en restant chez moi.
En début de soirée, je reçois le coup de fil de mon amie Tchoro. Elle est rentrée de justesse d’un voyage le 13 mars. Tchoro me raconte son voyage de retour, l’ambiance dans les aéroports et les avions: la peur des autres…
Avant de raccrocher, elle me dit qu’elle m’a rapporté un cadeau. Mais elle compte respecter l’auto-confinement de 14 jours conseillé. On promets de se voir plus tard.

Le Premier Ministre, Justin Trudeau nous parle aussi. Il nous dit de rester loin les uns des autres. Il promets même de donner un soutien financier afin que les gens  puissent rester chez eux. Quel paradoxe, dans une société de production et de consommation. On arrête tout et on s’asseoit. L’heure est grave. Il urge les Canadiens à l’extérieur de rentrer. Il parle de fermer les frontières terrestres et aériennes. Qu’est ce qui arrive? Est ce qu’on va s’en sortir?

Je me demande comment une guerre contre un ennemi invisible qui ne considère ni la race, ni l’âge, ni le statut social ou la foi va être gagnée? Comment peut-on combattre une chose contre laquelle les plus puissants n’ont  que le confinement comme moyen de protection?

Je me demande comment une guerre contre un ennemi invisible qui ne considère ni la race, ni l’âge, ni le statut social ou la foi va être gagnée? Comment peut-on combattre une chose contre laquelle les plus puissants n’ont que le confinement comme moyen de protection?

Jour 5


Dimanche 16
– Les enfants et moi, on  fait  “les légumes”: dodo, cuisine, télé. Je constate qu’ils dorment beaucoup. Ils sont si fatigués. Leur vie organisée à la minute près s’arrête brusquement.  Toute la journée, ils sont allongés  dans leurs lits, ne disent pas grand chose et je vois que le réfrigérateur se vide, rapidement…

Au Canada, tous les jours,nous affrontons des températures extrêmes allant jusqu’à -40°C, des bordées de neige ou des rafales de vent qui peuvent enporter un être humain. Nous affrontons cette nature parfois si hostile. Mais face à ce virus, on se terre dans nos maisons, sans grande défense!

Les enfants et moi, on  fait  “les légumes”: dodo, cuisine, télé. Je constate qu’ils dorment beaucoup. Ils sont si fatigués. Leur vie organisée à la minute près s’arrête brusquement.

Jour 6

Lundi 17–  Les mesures continuent de tomber. Les écoles et garderies étant fermées, les gens ne sortent presque plus de chez eux. Tous les magasins ferment, ainsi que les chantiers de construction. Seuls les services essentiels sont maintenues: pharmacie et épicerie. Les compagnies passent au télétravail.
Le litre d’essence  coûte moins d’un dollar! Je fais le plein… Pourquoi?  parce que je ne  peux pas rater une bonne affaire! un réflexe.
La vie commence à ralentir…

Les réseaux sociaux prennent le relai. Nous sommes cloués devant  la télévision, téléphone à la main pour rester informés et connectés au reste du monde.
Des experts apparaissent de partout. Certains le sont, d’autres s’auto-déclarent. Les théories sont partagées dans toutes les langues sur les réseaux sociaux. Il faut savoir faire la différence entre l’information, la désinformation et l’intoxication.
Certains voient dans cette  situation une prophétie, alors que les chefs religieux, toute religion confondues sont silencieux, à genoux.

La pandémie du COVID-19 sévit. On commence à perdre  des vie au Canada. L’état d’urgence est déclarée.

Tous les magasins ferment, ainsi que les chantiers de construction. Seuls les services essentiels sont maintenues: pharmacie et épicerie. Les compagnies passent au télétravail.

Jour 10


23 mars
– Tchoro m’appelle. Elle a la voix enrouée des gros rhumes. Elle me dit que deux jours après son arrivée, elle s’est mise à tousser en pleine nuit. Elle se sentait très fatiguée et à son réveil son corps brûlait de fièvre. Elle a décidé d’appeler le numéro d’urgence.Toutes les lignes étaient saturées, inaccessibles. Elle décide de se rendre à la clinique pour faire le test du coronavirus. Selon ce qu’elle avait lu sur internet, elle avait les symptômes et elle ne voulait pas prendre de risque. Trois jours plus tard, elle reçoit le coup de fil d’une infirmière avec le diagnostic.

Je l’écoute attentivement:
“Je n’allais pas bien hier en après midi après que la santé publique m’ait appelé pour les résultats. Un choc de savoir que j’ai le coronavirus.
Au téléphone, ils étaient contents parce que j’ai observé toutes les consignes: de l’aéroport à la maison, je n’ai eu de contact avec personne en dehors de mon conjoint. Après 10 jours de fièvre, quand j’ai passé, le test, j’y suis allée en voiture, la contagion encore là a été limitée. Par contre, je trouve dommage qu’après t’avoir dit que tu es positive, il n’y aucun soutien. Pas de médecin qui passe te voir, on ne t’indique pas un endroit  où aller en cas de complications. On ne te dit pas quels médicaments seraient mieux en cas de toux, maux de tête ou douleurs aux articulations.
On te recommande fortement de rentrer chez toi  en confinement total. Heureusement que j’avais mon  conjoint pour m’assister.”

Je raccroche et une sentiment d’inquiétude m’envahie: la prudence, le lavage des mains, le port du masque sont les seules armes à portée de main. Si vous attrapez ce fichu virus, il faudra surtout compter sur votre système immunitaire pour vous sauver.
Je réunis les enfants.

Les réseaux sociaux prennent le relai. Nous sommes cloués devant la télévision, téléphone à la main pour rester informés et connectés au reste du monde. Des experts apparaissent de partout. Certains le sont, d’autres s’auto-déclarent. Les théories sont partagées dans toutes les langues sur les réseaux sociaux. Il faut savoir faire la différence entre l’information, la désinformation et l’intoxication.

Jour 12

On établi notre programme d’urgence.

– Je suis désignée comme celle qui ira faire l’épicerie en tout temps. C’est devenu un véritable parcours du combattant: il faut se laver les mains à l’entrée. Pas de sacs d’épicerie, suivre un parcours tracé au sol (les allées sont à sens unique pour éviter de se croiser), les caissières sont derrière des panneaux de plexiglas, le paiement avec les cartes à puces est privilégié car sans contact.

– On identifie la chambre qui va servir pour le confinement si l’un de nous tombe malade.
– On vérifie le contenu de notre pharmacie maison et nos stocks de provisions.

– On se promets assistance jusqu’au bout. On parle de mon fils ainé qui ne vit pas avec nous. Il a un système immunitaire fragilisé à cause de la drépanocytose…

Je suis désignée comme celle qui ira faire l’épicerie en tout temps. C’est devenu un véritable parcours du combattant: il faut se laver les mains à l’entrée. Pas de sacs d’épicerie, suivre un parcours tracé au sol (les allées sont à sens unique pour éviter de se croiser), les caissières sont derrière des panneaux de plexiglas, le paiement avec les cartes à puces est privilégié car sans contact.

Jour 16

Nous sommes tous à la maison depuis plusieurs jours.
Je sors uniquement pour les courses essentielles.
Pour gérer une famille de 4, ça prends de l’organisation et de la discipline. Avec cette crise, j’ai décidé de lâcher prise. Nous allons maintenir la maison propre sans stress.
On fait la vaisselle quand c’est nécessaire. On mange ce qu’on veut et ce qu’il y a, à n’importe quelle heure. Pas d’exigence, pas de restriction. L’univers nous dit d’arrêter un peu…

Le Gouvernement commencent à hausser le ton. Certains veulent encore aller au parc avec leurs enfants et ceux qui rentrent de voyage veulent aller faire leur épicerie!

Je dis aux enfants qu’on vit les moments les plus incertains de nos vies. Je leur dis qu’à la fin car ça va finir par s’arrêter, certains ne seront plus là et d’autres survivront. J’espère que nous serons tous là pour témoigner de ce pan d’histoire de notre vie.
En attendant, nous devons rester disciplinés et faire preuve de courage et croire que l’univers va finir par entendre nos cris de détresse: vivement la fin de la pandémie du coronavirus.

Je dis aux enfants qu’on vit les moments les plus incertains de nos vies. Je leur dis qu’à la fin car ça va finir par s’arrêter, certains ne seront plus là et d’autres survivront. J’espère que nous serons tous là pour témoigner de ce pan d’histoire de notre vie.

Jour 30

13 Avril: je suis attristée, le cœur brisée. Le vendredi 10 avril, je suis réveillée par la triste nouvelle du décès de mon amie Carol. Elle a été emporté par le  virus à l’âge de 53 ans. Ça fait mal. Très mal. Seule, la foi me donne la force de ne pas hurler. Mes enfants perdraient leur calme.
Je suis le seul parent sur place avec eux, mon conjoint se trouvant en Afrique.
Je parle aux enfants. Je leur dit qu’ils devront travailler en équipe, rester calmes et  unis s’il m’arrivait de tomber malade.

Demain, ce sera Jour 30 + 1. On tient bon. Ça va bien aller!

Sokhna Biba
Montréal, premier trimestre de l’an 2020 

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