Il y a dans nos maisons, ces êtres qui se baladent, qui ont les même gênes que nous, mais pas le même mode de pensée, ni de fonctionnement. Ils vivent au rythme de l’internet, ne décrochent pas le téléphone, mais répondent immédiatement aux texte- messages.

Pour eux, il n’y a pas de frontière car la mondialisation est leur réalité. Leurs amis peuvent être physiques ou virtuels, il n’y a pas de différence pour eux. Ils tiennent et contrôlent leur monde au bout de leurs doigts, le digital n’a pas de secret pour eux. Ils ne vont pas à l’hôtel, mais louent les Airbnb, ne prennent pas le taxi, mais plutôt le Uber, ils n’utilisent pas de monnaie courante car tout se paie en ligne. Ils ne sont même plus sur Facebook car ça fait vieux! Leur vie est une succession de projets excitants, rythmée par la technologie.

Lorsque ces jeunes décident de mettre leur temps et leur énergie sur un projet, ils réalisent des choses extraordinaires…

Habiba Cooper Diallo, Militante des droits de la femme à 12 ans

Habiba Cooper Diallo, Militante des droits de la femme à 12 ans

Imaginez qu’à l’âge de douze ans, suite à la lecture d’une article dans un magazine, vous décidez d’agir en fondant une ONG pour venir en aide aux femmes qui souffrent de fistule recto-vaginale! Presque incroyable , mais vrai car c’est l’histoire de Habiba Cooper Diallo.

Née au Canada d’une mère d’origine caribéenne et d’un père guinéen, Habiba a été élevé loin du continent africain, mais ses parents ont su lui en inculquer les valeurs, les coutumes et l’amour.

Dès notre premier contact, j’ai senti quelque chose de spéciale en elle. Elle dégage une douceur qui inspire confiance, un regard timide qui montre pourtant une grande détermination. Une fois qu’elle commence à parler, vous êtes captivé par son intelligence et son esprit de discernement.

Voici ce qu’elle me raconte: au cours de l’été  2008, alors que  j’avais 12 ans, je suis tombée sur un article du Wall Street Journal qui racontait  l’histoire d’une jeune Nigérienne, une touareg nommée Anafghat  mariée à 11ans et qui est décédée à l’âge de 14 ans des suites d’une infection causée par une fistule recto-vaginale. Cette lecture m’a autant brisée le cœur qu’elle m’a révolté. L’histoire de cette petite fille qui avait mon âge m’a empêché de dormir. Je voulais agir. L’idée m’est venue de collecter des fonds pour aider aux soins de celles qui vivent une situation similaire. Je voulais aussi avec ma voix, porter cette cause aussi haut et aussi loin que possible. Je collecte encore des fonds pour aider des femmes atteintes de fistule au Ghana. C’est ainsi que mon ONG est née en 2012. Je me sens investi d’une mission de sensibilisation, d’éducation et d’engagement envers la santé des femmes. En tant que femme noire vivant au Canada, on peut se sentir marginalisée. Alors l’éducation et l’engagement sont essentiels pour faciliter notre intégration et notre épanouissement personnel. Nous ne pouvons  pas attendre qu’on nous tende la main, mais plutôt créer un environnement propice à la réalisation de nos rêves. Je crois en mes intentions et j’y parviendrai.

Awa Hanane Diagne, Fondatrice Woke Folk, Peuple Éveillé à 17 ans

Awa Hanane Diagne, Fondatrice Woke Folk, Peuple Éveillé à 17 ans

Au cours de l’été 2018, une jeune fille de 17 ans s’est enfermée pendant plusieurs semaines, tablette et laptop en main. Elle a travaillé sans relâche pour concrétiser un projet qui lui tenait à cœur : la création d’une ONG qui vise à encourager l’éducation des filles et la protection de l’environnement. A un âge où beaucoup se baladent dans les rues de Montréal pour profiter des températures estivales, elle a passé son été à bâtir un site internet, recruter du monde pour former un conseil d’administration, enregistrer son organisme auprès des instances gouvernementales et collecter des fonds. À la fin de l’été elle lance son projet sous le nom de Woke Folk ou Peuple Éveillé. Ce qui la décrit bien elle, et toute cette génération née avec l’accès à l’internet, l’accès facile à l’information et l’ère des médias sociaux. Ils ne cessent de nous surprendre par non seulement leur capacité à se connecter les uns aux autres d’un bout à l’autre du globe, mais aussi leur empathie et leur soif de justice sociale.

Une génération qui a une plus grande liberté d’expression, consciente des enjeux qui l’entoure et qui a une grande ouverture d’esprit.

Ils sont comme des extraterrestres face aux “Baby Boomers”.

Awa Hanane raconte que de sa vie en Amérique du Nord est née un besoin crucial de protéger notre planète de la pollution. De son enfance rythmée par les vacances passées en Afrique (Sénégal, Niger, Togo, Bénin, Côte d’Ivoire), est venu un désir de contribuer. Ces nombreux séjours lui ont permis, malgré son jeune âge de constater les inégalités sociales et aussi de nombreux problèmes d’accès à l’éducation faute de moyens.

C’est en suivant le Sommet G7 qui a eu lieu au Canada que l’idée lui est venue de financer les études de sept filles dans sept pays en voie de développement en Afrique.

Ainsi naît le projet G747 (G Seven Four Seven) qui signifie littéralement 7 filles pour 7 pays. Elle récolte assez de fonds pour financer l’année scolaire de sept filles au Togo, en Côte d’ivoire, en Zambie, au Niger et au Sénégal. Au CEGEP, où elle poursuit des études pré-universitaires, elle initie un projet de recyclage de boites aux lettres. L’idée est de récupérer les boites à journaux en métal qui ne servent plus du fait de l’explosion du courrier électronique, de les décorer et de les installer dans l’école. Il a ensuite été demandé aux élèves d’y placer leur surplus de matériel scolaire et leurs livres usagés. Cette initiative encourage le partage et le soutien mutuel en toute discrétion. Réservée, Douce, mais si déterminée, elle fait partie de la générations Woke , ce peuple éveillé pour qui rien n’est impossible. Elle exprime un désir fort d’agir  au lieu de subir tout comme Habiba.

Je ne peux m’empêcher de penser à ma propre jeunesse. Sans internet, sans ordinateur, mes rêves et mes projets étaient bien différents. A la limite, je pense  que cela m’a permis de grandir dans l’insouciance. Je me demande si cet accès à la technologie et à l’information ne pousse pas nos enfants à grandir trop vite? Pourtant je ne peux m’empêcher d’éprouver tant de fierté devant ces belles initiatives.

En définitive, nous vivons chacun selon notre temps et peut être que la génération Alpha, celle qui vient après la génération Y d’Habiba ou Z d’Awa Hanane, nous surprendra encore plus?

SOKHNA BIBA

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